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Morning en danger : Un X-Men prend la parole

Par Camille, le

Morning est aujourd’hui dans une situation difficile qui met son projet en péril. Retrouvez ici la parole d’un X-Men qui réagit face à la situation. 

« Voilà, on s’approche dangereusement de la fin de l’aventure Morning. La fin de l’aventure telle qu’on l’a connue et menée. Et la fin de l’aventure tout court reste malheureusement une éventualité…

C’est avec une amertume certaine et un énorme sentiment de gâchis que l’on regarde tout ce que l’on a accompli jusqu’ici, et le mur que le système a maintenant dressé face à nous. Après avoir pourtant pavé le chemin qui nous y a mené, quand en octobre 2015, nous avons réalisé une levée de fonds de près de 5 millions d’euros auprès de la MAIF (entre autres).

Nous avons sûrement payé le fait d’avoir voulu faire évoluer l’univers verrouillé de la banque tout en souhaitant garder notre indépendance. D’avoir voulu jouer dans un pré carré gardé par une oligarchie plus soucieuse de préserver son monopole que d’accompagner des sociétés innovantes qui proposent de nouvelles solutions dans un domaine qui ne répond absolument plus aux besoins et aux attentes de ses clients. Le désamour des français pour leur banque est flagrant, et pourrait s’illustrer parfaitement par ce spot de pub où un acteur en est réduit à dire que, lui, aime sa banque, tout en se demandant par contre si c’est bien le cas pour nous…

Que va-t-il advenir de Morning ?

Comme nombre de startups avant nous, il reste probable que nous allions grossir l’effarant taux de plus de 90% d’échecs de startups en France. Ou placé en liquidation judiciaire, que nous soyons avalés par un acteur bancaire trop content de mettre la main sur une solution qu’il aurait été incapable de développer en si peu de temps, comme le prouve le nombre de sollicitations que nous avons reçus de la part de grands groupes pour leur proposer un service de banque en ligne en marque blanche.

Il nous reste quand même le mince espoir que notre investisseur comprenne enfin que notre force d’innovation et de créativité réside justement dans cette indépendance, cet anti conformisme qui nous caractérise, et que nous avons besoin d’un vrai partenaire qui nous accompagne dans notre développement et nous soutient dans nos décisions, non d’une autorité supérieure qui nous dicterait la stratégie à adopter, et qui aurait un droit de vie ou de mort sur la société.

Comment peut-on espérer d’une entreprise qu’elle innove en l’enfermant dans le carcan de grands groupes à la traîne sur la transformation digitale, parce que enfermés dans des processus décisionnaires sans fin, des strates interminables de hiérarchie, des méthodologies de travail d’un autre temps ?

Dans notre cas (et nous ne sommes sûrement pas un cas isolé), c’est simplement parce que notre projet ne sera jamais perçu comme sérieux et crédible tant qu’il n’aura pas été pris en main par un “parrain” issue de la caste des grands du milieu. Parce qu’une bande de zozos en sweat à capuches installés à la campagne ne peuvent pas prétendre jouer dans la cour des grands sans la surveillance d’une grande personne, qui d’un oeil méfiant veillera à ce que le petit insolent ne s’égare pas trop hors des sentiers battus.

Malgré le plébiscite public de notre solution, malgré la reconnaissance d’experts du milieu qui font de nous une référence dans le secteur des Fintechs, nous nous retrouvons bloqués par un système qui ne jure que par la seule rentabilité et la capacité à monétiser immédiatement et à grande échelle, et qui perçoit cela comme seul indicateur d’innovation valable. Nous sommes pourtant aujourd’hui en mesure d’atteindre un équilibre financier à l’horizon 2018, suite à l’intérêt concret qu’ont montré plusieurs grands noms du secteur bancaire pour notre solution, alors que cet équilibre était initialement prévu pour 2019. En vain, cela n’est toujours pas suffisamment convaincant pour notre investisseur, qui dans les média se dit pourtant totalement mobilisé pour tenter de trouver des solutions qui permettraient de surmonter les difficultés rencontrées par Morning et ce dans l’intérêt de ses clients et de ses salariés. Peut-on faire plus langue de bois, quand on sait que suite à un interminable silence radio de leur part, nos délégués du personnel avaient dû prendre l’initiative de se rendre à leur siège social basé à Niort pour provoquer une entrevue ? N’a t-on pas la désagréable impression d’entendre le discours d’un certain François Hollande face aux ouvriers des hauts fourneaux de Florange, avec l’issue que l’on connaît ?

Défendre les jeunes pousses au nom de l’innovation

Pour que l’accompagnement à l’innovation et aux startups ne soit plus uniquement une promesse de politique en campagne, pour que l’investissement soit vécu comme une vraie démarche d’accompagnement et de soutien, non comme une prise de position arbitraire dans la vision et les choix des entrepreneurs, nous espérons qu’à notre petite échelle, notre histoire pourra faire bouger les lignes et faire en sorte que ceux qui détiennent les bonnes idées pour faire évoluer un tant soit peu le monde puisse les développer dans de bonnes conditions. »

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